La paix se négocie sans Karzai
Avec la création d’un bureau de représentation taliban au Qatar, les insurgés affirment qu’ils sont prêts au dialogue, tout en contournant le gouvernement afghan. Les Afghans doutent que l’initiative mette finaux violences, et déplorent l’ingérence des pays étrangers.
Comme un nouveau signe de leur volonté de contourner le gouvernement afghan, les talibans ont annoncé, mardi 3 janvier, l’ouverture d’un bureau de représentation au Qatar, qui pourrait permettre de débuter des négociations de paix avec les Etats-Unis. Le président Karzai a, dès le lendemain, approuvé l’initiative après s’y être à maintes reprises opposé par le passé, craignant d’être marginalisé au profit des Américains et d’autres puissances régionales.
« Kaboul souhaite que le processus de paix soit dirigé et coordonné par des Afghans », explique la journaliste afghane Mina Habib sur le site d’information Institute for War and Peace Reporting (IWPR). Or ce sont les Etats-Unis, les Qataris, les Allemands et des représentants talibans qui se sont entendus pour ouvrir ce bureau à Doha, capitale du Qatar. Karzai s’est naturellement senti exclu ». L’instance afghane du HCP [composée de représentants politiques afghans], créée par Karzai en octobre 2010 afin de penser la réconciliation politique, s’inquiète également de la création de ce bureau politique taliban à l’extérieur de l’Afghanistan. Elle craint la poursuite des attaques talibanes sur le sol afghan, bien que Washington ait répété que les insurgés devaient d’abord rompre avec l’organisation terroriste Al-Qaida et déposer les armes avant toute possibilité de négociations.
Même sur les bancs de l’opposition, les députés afghans grincent des dents : « L’établissement d’un bureau politique par des étrangers est un acte évident d’interférence dans les affaires intérieures de ce pays, a déclaré le parlementaire Ahmad Shah Behzad, pourtant hostile à Karzai. Cela peut être considéré comme une forme de soutien au terrorisme », a-t-il ajouté dans l’ IWPR. Pour le Daily Outlook de Kaboul, les Afghans vont payer cher cette initiative : « les talibans jouent un jeu habile. D’un côté, ils donnent le feu vert pour une solution politique et mettent en avant leurs exigences, à savoir la libération de leurs prisonniers de Guantanamo. Et de l’autre, ils continuent à propager la peur et la terreur en Afghanistan ». Et le journal de conclure : « Même si la guerre en Afghanistan trouve une issue pacifique grâce au processus de réconciliation, jamais les Afghans ne pardonneront aux talibans ».